Le transport maritime a jusqu'à présent été épargné par des attaques terroristes massives, mais les experts évoquent une menace réelle et font état de signaux inquiétants.Avec près de 50.000 navires sillonnant les mers du globe pour assurer 80% du commerce mondial, la marine marchande constitue une cible de choix.Les experts citent souvent les répercussions qu'aurait sur le commerce mondial un attentat dans le détroit de Malacca, où transitent chaque jour plus de 10 millions de barils de pétrole, 13% du ravitaillement mondial.Ils rappellent également les conséquences de l'attentat contre le Limburg dans le port d'Aden: les primes d'assurances ont été multipliées par 14 dans la région, les compagnies maritimes se sont détournées pendant plusieurs mois du Yemen, et cela a coûté 1% du PIB au pays.Plusieurs signaux inquiétants laissent penser que la nébuleuse terroriste s'intéressait au secteur maritime.Outre les attentats contre le USS Cole (octobre 2000, 17 morts), le pétrolier Limburg (octobre 2002, 1 mort) et, plus récemment, contre le Superferry 14 en baie de Manille (plus de 100 morts et disparus), d'autres opérations ressemblent à des entraînements.Ainsi, en 2000, des terroristes du groupe philippin Abu Sayyaf kidnappent un ingénieur d'une station balnéaire et lui demandent de les instruire à la plongée sous-marine.En mars 2003, un chimiquier, le Dewi Madrim, est abordé au large de Sumatra par des pirates, qui le détournent avant de s'enfuir avec le capitaine et un officier, jamais retrouvés.Par ailleurs, plusieurs remorqueurs ont été volés dans les eaux indonésiennes, sans raison apparente.On se demande aujourd'hui s'il n'y a pas une sorte de répétition d'entraînement à des actions terroristes.En décembre 2004, un rapport d'Aegis Defence Services, une société de sécurité basée à Londres, mettait en garde contre "l'extrême vulnérabilité du secteur maritime" et disait s'attendre à une attaque contre "une cible maritime significative" en 2005. Le détournement et la mise à feu d'un chimiquier, pétrolier ou gazier dans un port, l'utilisation d'un navire comme bombe flottante... Al Qaïda disposerait d'une quinzaine de bateaux de haute mer--, la dissimulation d'une arme de destruction massive dans un conteneur ou une prise d'otage géante sur un ferry dans les eaux internationales... Autant de scénarios catastrophe pris au sérieux par les spécialistes.Après le 11 septembre, la marine marchande, sous l'impulsion de l'Organisation maritime internationale, a pris des mesures drastiques et fait adopter l'ISPS (code international pour la sûreté des navires et des installations portuaires).En outre, les Etats-Unis ont imposé par des accords bilatéraux la présence de douaniers américains sur les ports d'embarquement, afin de contrôler les marchandises.Selon l'OMI, 100% des bâtiments internationaux se sont conformés à l'ISPS. Les actes de piraterie en mer ont reculé de 18% dans le monde sur les neuf premiers mois de l'année par rapport à la même période en 2004.205 actes ont été répertoriés contre 251.C'est ce qu'indique le dernier rapport du Bureau maritime international (IMB) publié mardi 8 novembre à Londres.